L’archivistique est la discipline relative aux principes et aux techniques régissant la création, l’évaluation, l’accroissement (l’acquisition), le classement, la description, l’indexation, la diffusion et la préservation des archives. C’est une science auxiliaire de l’histoire, qui fait partie des sciences de l’information et des bibliothèques.

L’origine de cette tradition savante est inconnue. Bien que les archives, tant comme documents que comme institution, apparaissent aux premiers siècles de l’histoire, la réflexion sur leur organisation et leur gestion est beaucoup plus récente. La création, par divers souverains européens, aux XIVe et XVe siècles, des premières institutions chargées de regrouper les documents nécessaires à la défense des droits de l’État ne semble pas en effet avoir suscité des textes normatifs ou théoriques sur le rôle des archivistes ou sur la nature des archives. Nous pouvons toutefois mentionner les manuels archivistiques les plus anciens qui sont historiquement connus. Ces premiers ancêtres de l’archivistique, imprimés en 1571, ont probablement été composés au cours de la première moitié du XVIe siècle. Leur auteur, l’aristocrate allemand Jacob von Rammingen, peut être considéré comme le «père» (prédécesseur) de ce sujet académique. Il a fondé une tradition archivistique qui en Allemagne a persisté pendant au moins deux siècles. La théorie archivistique a été formulée pour la première fois par lui.

Une réflexion plus systématique sur les documents d’archives prend la forme, au XVIIe siècle, d’une recherche des moyens de distinguer les documents authentiques de ceux qui ont été falsifiés ou fabriqués après coup : c’est la diplomatique, dont une des bases est la comparaison systématique des actes d’un même souverain ou d’une même autorité ou datant de la même époque aux fins de repérer constantes et différences. Ce travail n’est toutefois possible qu’à condition que les archives soient non seulement conservées, mais classées et rendues accessibles par des instruments de recherche qui en décrivent le contenu. C’est dans cette perspective que sont menés, au XVIIIe siècle, les premiers travaux qu’on peut considérer comme relevant de l’archivistique : ils consistent à dégager les principes directeurs du classement des archives et de l’établissement des instruments de recherche.

La Révolution française s’est fait un principe de l’accessibilité à tous les citoyens français des archives des pouvoirs publics. En conséquence, un imposant réseau de services d’archives fut engendré, qu’il fallut doter de règles. C’est à Natalis de Wailly qu’on doit, dans une circulaire envoyée en 1841 par le ministre de l’Intérieur aux Archives départementales, la première conceptualisation du principe du respect des fonds. Dans la pratique, ce principe existait déjà ici et là, et pas seulement en France.

Ce principe du respect des fonds, qui impose de traiter les documents en fonction de leur provenance et non de leur sujet, est un des concepts de base de la discipline archivistique. La constitution des fonds d’archives, d’autre part, et leur utilisation pour prouver des droits et concourir à l’administration, puis comme source de l’histoire est, à partir du XIXe siècle, le grand sujet de réflexion et d’inquiétude des archivistes.

La constitution des fonds ne va pas de soi et il s’en faut de beaucoup que les documents passent de façon régulière et efficace des bureaux administratifs où ils sont produits aux institutions d’archives où ils doivent être conservés. Le rôle de l’archiviste dans le processus de création des documents et sa place par rapport aux personnes et organismes produisant ou détenant des archives deviennent donc des thèmes majeurs de l’archivistique.

Une question connexe est celle de l’usage des documents archivés. Produits et conservés à l’origine comme preuves, donc pour répondre aux besoins de ceux qui les détiennent, notamment en matières financière et juridique, ils peuvent aussi servir à mieux connaître le passé et à écrire l’histoire. Or ces deux usages ne sont pas forcément successifs, mais peuvent être concomitants, à la fois parce que les documents peuvent garder très longtemps leur fonction de preuves (c’est le cas des titres de propriétés et des accords et traités internationaux, par exemple) et parce que la recherche historique peut porter sur des périodes et des événements récents.

Dès lors les archivistes doivent trouver les moyens de concilier le souci des autorités de voir protéger certains secrets avec la volonté du public que les archives soient bien conservées et aisément consultables. Toute la réflexion en matière archivistique depuis la Première Guerre mondiale est ainsi consacrée à l’élaboration de solutions à ces problèmes. Les principales sont :

  • la théorie des trois âges (autre concept de base de l’archivistique), qui analyse le cycle de vie du document en trois phases successives ;
  • l’élaboration progressive dans chaque pays de lois et de règlements obligeant les administrations à tenir compte, lors de la production des documents, de la vocation de certains d’entre eux à devenir des archives (procédures de Registratur dans les pays de culture allemande et de Records Management dans le monde anglo-saxon) et soumettant les destructions à l’accord des archivistes ;
  • la définition de la place des institutions d’archives dans l’administration et dans la société, qui est très variable selon les pays ;
  • la définition des fonctions de l’archiviste, qui ne sont plus seulement de conserver, mais aussi de collecter, de communiquer, et de valoriser.

L’Histoire de l’Archivistique

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